Hawkeye – On a testé l’Eye Tracking sur mobile

Visuel hawkeye

Un article écrit par Thomas Le Corvec, UX designer

Si vous avez eu l’occasion de lire mon précédent article, vous n’êtes pas sans savoir que réaliser des tests avec l’Eye Tracking sur mobile n’est pas chose aiséeAussi lorsqu’une nouvelle application arrive sur le marché avec la promesse de simplifier ce type de test, nous n’allions pas manquer l’opportunité de la tester.  

Voici le test de Hawkeye, la dernière-née des applications d’Eye Tracking sur mobile 

Présentation de l’app Hawkeye 

Le fonctionnement de base d’Hawkeye n’est pas entièrement nouveau. Il reprend la logique de l’Eye Tracking via webcam.  

Ce type d’Eye Tracking initié par le projet Xlab utilise des algorithmes de reconnaissance faciale qui se focalisent sur les yeux pour déterminer la position du regard sur un écran.  

J’avais déjà pu expérimenter ce type de solution… et constaté que son manque de précision ne permettait pas de l’employer dans des tests qualitatifs. Et pourtant, avec un ordinateur les choses sont en théorie plus simples. La webcam est fixe et l’utilisateur se tient face à son écran. A l’inverse, lorsque l’on tient un portable dans ses mains, le mouvement est permanent et il provient autant du visage de l’utilisateur que de ses mains. Le suivi du regard y est donc beaucoup plus complexe.  

Ce n’est donc pas peu dire quHawkEye Labla société fondée par le jeune diplômé Matt Moss, s’apprête à relever un défi technique. Pour cela, l’application dispose d’une arme secrète : tirer parti de l’utilisation de la caméra TrueDepthdisponible uniquement sur les iPhones X, XS et XR. Conséquence logique, l’application n’est disponible que pour ces 3 smartphones.  

 

Le test  

Ouverture de l’app 

Je télécharge et ouvre une application au design particulièrement léché. L’interface est épurée et propose de créer votre première campagne de test.  

Vous pouvez ainsi sélectionner l’URL du site ou de l’image que vous souhaitez tester (dans mon cas celle du site de vente en ligne Asos.com). Vous pouvez également ajouter un texte de consigne pour vos testeurs. Puis vous saisissez le nom de vos premier participant et vous voilà prêt à lancer votre première session.  

La création de campagne ne prend pas plus de 2 minutes au total 

Calibration et test 

Test hawkeye

 

Je lance le premier test en étant mon propre cobaye. Celui-ci débute par une étape de calibration du regard. Même je trouve que l’on manque d’explication sur l’application, cette étape est très simple : il faut d’abord fixer le regard sur un point central, puis sur 4 points qui apparaissent sur les extrémités, et enfin fixer un dernier point central. Dans mon cas, l’opération prend une vingtaine de secondes seulement. Néanmoins d’autres testeurs peuvent être moins chanceux et devoir s’y reprendre à plusieurs fois. 

L’écran suivant permet de tester le calibrage. Je me trouve toujours sur une page de l’application et une croix indiquant la zone de fixation de son regard se déplace sur l’écran.  

C’est à ce moment qu’apparaissent les premières limites de l’application. Le suivi du regard étant trop imprécis (la croix ayant tendant à se coller sur les bords), j’ai dû reprendre l’opération de calibrage.  

Après ce 2nd essai, sans être exacte, la croix était déjà plus proche de mon regard réel et je me décide de lancer le test. Me voilà donc rendu sur la page d’accueil du site Asos. Je commence à naviguer naturellement entre les pages, la seule différence étant cette croix qui continue à suivre mon regard. 

 

Bilan  

Une fois la session terminée, l’application traite et envoie automatiquement les images vers un serveur. Pour mes premiers testeurs et moi-même, l’opération est rapide, mais pour l’un de mes testeur le téléchargement se poursuit indéfiniment jusqu’à ce que nous soyons obligés de fermer l’application… Perdant du même coup les images de la session de test. Pas cool. Passé cette déception, je dois reconnaitre que l’écran post session est une vraie bonne surprise. La session de navigation est découpée entre les différentes pages consultées. C’est très clair et cela permet de comparer facilement plusieurs testeurs sur une même page. 

 

Sur chaque page consultée, l’application affiche l’ensemble de la page et vous propose une analyse sous forme de carte de chaleur (heatmap) ou de zones d’intérêts (Areas of Interest), soit deux des représentations les plus utilisées en Eye Tracking

Test hawkeye 2

Test hawkeye 3
Les deux modes d’affichage proposés par HawkEye 

 

Récapitulatif 

Alors après quelques sessions de test, que faut-il retenir de l’application ?  

Tout d’abord son point fort : cette solution est très peu invasive pour les testeurs. Sa mise en place ne demande aucun effort particulier et permet même de conduire ses tests de manière habituelle tout en assurant l’Eye Tracking en tâche de fond. C’est d’ailleurs ce point qui fait l’attrait des méthodes d’Eye Tracking webcam, contrairement aux méthodes plus classiques (lunettes ou barres infrarouge), ces dernières étant bien plus onéreuses et contraignantes.  

Néanmoins, l’application a une faiblesse et elle est de taille : une précision totalement insuffisante. Le suivi du regard est très approximatif et ne vous permet pas de l’utiliser dans une démarche de test qualitatif. Au contraire, se fier à cette application peut vous emmener vers de faux insights.  

 

Faut-il abandonner l’Eye Tracking webcam ? 

Malgré une apparente bonne volonté en termes de design, Hawkeye se heurte aux mêmes difficultés que les autres systèmes d’Eye Tracking webcam. Même en exploitant les capacités des meilleurs appareils photos du marché, l’Eye Tracking par webcam mobile est encore très loin de devenir un outil de travail. A titre de comparaison, les tests réalisés sur Xlab me paraissaient bien plus précis.  

Alors je ne sais pas si nous arriverons un jour à réaliser de l’Eye Tracking convenable avec les caméras frontales par défaut de votre smartphone. La route est longue, mais pour autant il ne faut pas condamner à l’avance ce type de technologie. A terme, en progressant, elles pourraient réellement parvenir à démocratiser l’Eye Tracking sur mobile.  

A la fin de ce test une question persiste… si le résultat de l’application manque à ce point de précision, pourquoi avoir pris le temps de la développer ?  

Très probablement parce que la technologie provient du projet Hawkeye Access, également développé par Matt Moss. A la différence de l’application que nous venons de tester, Hawkeye Access est une application dédiée à l’accessibilité des smartphones à destination des personnes souffrant de déficiences motrices.  

Le projet aurait même tapé dans l’œil d’Apple qui envisagerai de racheter la société pour l’intégrer nativement à l’iPhone. Un beau projet par lequel je suis déjà nettement plus convaincu ! 

WAX Interactive
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