Danser le Design en trois Leçons (3/3)

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Vers une Stratégie Expérience d’entreprise. 3ème partie: Axe transverse.

Cet article est le dernier d’une série de trois, sur l’approche nécessaire à l’implémentation d’une stratégie centrée sur le design d’expériences. Pour mieux comprendre son contexte, commencez par lire la première partie sur l’axe descendant, et la deuxième sur l’axe ascendant.

Axe transverse : les actions de choc

Un troisième axe est crucial pour vraiment mettre en place une adoption durable du design dans l’entreprise. Le but est subtil : faire connaître au plus grand nombre la pratique et les valeurs du design de façon viscérale, personnelle, directe. C’est à dire passer outre une compréhension intellectuelle, rationnelle, académique du design et faire naître et croître une vraie conscience du design en tant que vocation et trait de comportement.

Vivre le design, c’est s’impliquer entièrement dans le parcours émotionnel de l’autre.

Toucher au sublime

Cela présume donc qu’on connaisse et qu’on comprenne l’autre, qu’on aille à sa rencontre, qu’on respecte et adopte sa perspective. En un mot, qu’on l’aime. Puis il faut se préoccuper de répondre à ses besoins, lui donner du pouvoir, du succès, du bonheur. Or, donner du bonheur est toujours un objectif ambitieux, car contrairement à donner du plaisir, il n’est jamais simple. L’envergure de cet objectif force à s’investir pleinement, à perdre son identité propre, à oublier le temps, à se placer dans l’état de flux créatif si bien décrit par Mihaly Csikszentmihalyi. Dans cet état, on touche au sublime, à quelque chose de plus élevé que soi-même. Le design, c’est là.

On est loin de la définition traditionnelle du professionnalisme: Formel, intellectuel, analytique, matérialiste, anti-risque. Pourtant, on est bien en accord avec les buts ultimes de l’entreprise: Offrir au client tant de valeur qu’elle rende le choix d’acheter incontournable, et justifie beaucoup de marge et/ou de volume. Il convient donc de libérer les collaborateurs d’une vision réductrice de leur personalité professionnelle, pour qu’ils s’autorisent à impliquer leur humanité dans leur travail, et dans la relation qu’ils ont avec le client. 

Le boot camp de l’empathie

Pour changer l’entreprise, pour lui offrir cet état second du design en tant que flèche dans son carquois, il faut une approche de choc. Il faut faire sortir les collaborateurs de leur zone de confort, les mener sur un terrain où ils n’ont pas de repères, les confronter à des situations où leurs solutions habituelles ne marchent pas. Il faut un challenge insurmontable, un boot camp, un baptême du feu.

Mais le design, c’est aussi une affaire de subtilité, d’empathie, de créativité, de finesse. Et ces comportements ne sont pas ceux d’un animal traqué, ou d’une personne qui se sent en danger. L’exercice efficace doit donc offrir une compétition motivante avec un mode de coopération valorisante, dans un climat de pression énorme mais entièrement positive.

Le déclic du design, c’est quand on propose des enjeux épiques à des équipes enjouées.

Une approche synthétique

Pour ce faire, mes collaborateurs et moi offrons à nos clients des évènements et animations sur mesure, qui prennent entre deux et cinq jours, basés sur les meilleurs aspects de plusieurs modèles. Pour la pression positive et la compétition coopérative, nous nous inspirons du modèle original de StartupWeekend, dont la devise fameuse était “No talk, all action.” Nous y injectons des exercices issus du théâtre d’improvisation, pour souder les équipes et faire fondre les egos. Pour faire sortir les gens de leurs ornières de procédure et de personnalité, nous avons recours aux techniques de décision rapide de la méthode Sprint de Google Ventures. Et pour permettre l’émergence de la flamme fragile et sublime qu’est l’âme du design, nous nous appuyons sur des pratiques communautaires inspirées des traditions shamaniques indo-européennes et amérindiennes. 

Si cette dernière phrase vous dérange, considérez-la comme le début de votre propre “boot camp”. Les startups de la Silicon Valley Californienne, d’Austin au Texas, de Boulder au Colorado, sont très conscientes de l’atout qu’est la culture émotionnelle dans la compétition pour le talent qui est leur plus grand challenge, ainsi que le vôtre. Être humain au travail n’est plus un luxe réservé aux startups. Vous pouvez l’offrir aussi à vos collaborateurs, ainsi qu’à vous-même. 

Des expériences transformatrices

Les boot camps que nous organisons résultent en des expériences incroyables, où les participants, en quelques jours, apprennent à accomplir plus qu’ils ne font habituellement en quelques mois. Où des collaborateurs qui se connaissent à peine forment des amitiés fortes. Où des employés acquièrent une nouvelle vision de leur entreprise, de leurs clients et de la place qu’ils peuvent prendre au centre des processus de changement et d’innovation. Des expériences épuisantes et énergisantes, mais surtout transformatrices.

Une expérience du design est réussie lorsqu’elle prouve qu’un autre monde est possible.

Cette preuve, quand on l’a vécue, est indéniable. Elle change tous les comportements qui suivent, car elle ne permet pas de retomber dans une perspective étroite du champ des possibilités. Elle ne permet pas d’accepter sans question des solutions éculées. Elle peut être un antidote à la complaisance, à la médiocrité, à la négativité. Elle peut libérer l’entreprise de la pensée reçue et ouvrir la porte à l’innovation créative, judicieuse et généreuse.

Surtout, cette expérience vécue du design, dans toute sa subtilité et dans toute sa puissance, donne à tous les collaborateurs qui y prennent part de l’espoir, de l’élan, et de la joie. En tant que designer, impliqué personnellement dans le bonheur des gens que je sers, c’est cet objectif qui me motive et m’anime, plus encore que le succès, pourtant considérable, que cette approche offre à l’entreprise.

Au bout du compte, nous sommes tous des êtres humains. Si le succès de l’entreprise peut se faire en valorisant notre humanité, faisons-le. Avec ou sans post-its.

Antoine Valot est UX Lead pour WAX Interactive à Genève, Lausanne et Zürich. L’équipe qu’il encadre créé des expériences qui libèrent et qui ravissent leurs utilisateurs. Ils sont toujours à la recherche de nouveaux collaborateurs passionnés et talentueux.

 

> Consulter la deuxième partie de l’article « Danser le design en 3 leçons »

Antoine Valot
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Antoine Valot
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